Les nouvelles provocations géopolitiques du "néo-Sultan" Erdogan

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Après que des pays de l’Union européenne aient interdit des meetings politiques de ministres pro-Erdogan en Allemagne, en Belgique, ou en Autriche, dans le cadre de la campagne électorale en vue du référendum constitutionnel turc du 16 avril dernier - qui a donné au président turc les quasi pleins pouvoirs -, le néo-sultan Recep Taiyyp Erdogan avait violemment insulté l’Europe, "continent en train de pourrir", puis menacé les pays précités. Il veut pourtant relancer l’adhésion de son pays à l'Union européenne.

 

Quelques semaines après avoir déclaré que « plus aucun Européen ne pourra sortir dans la rue en sécurité » lorsque les musulmans d’Europe seront plus puissants et plus nombreux grâce à une natalité combative, la Turquie d’Erdogan qui viole tous les critères démocratiques européens et occupe illégalement 37% de l’île de Chypre puis menace militairement la Grèce à qui elle veut prendre les iles de la mer Egée, vient de déclarer sans vergogne qu’elle veut « poursuivre les négociations d'adhésion avec l’UE.

 

"Notre pays qui fait partie sur les plans historique, géographique et culturel, depuis des siècles de l'Europe, veut poursuivre le processus en vue de l'adhésion à l'Europe, qui est un objectif stratégique", a écrit le président turc Erdogan dans une déclaration solennelle. Poussant le culot jusqu’à son comble, celui qui a bâti sa mutation idéologique « national-islamiste » sur l’alliance électorale avec l’extrême-droite antisémite du parti MHP, pendant politique des terribles milices fascistes des Loups Gris, s’est même permis de culpabiliser cette même Europe complexée - qu’il agresse continuellement et rackette (accords de dupes sur les réfugiés) et dont il exige soumission et respect – en affirmant qu’il ne « veut pas entendre parler de l'extrême-droite, du populisme et du sentiment anti-islam en Europe ».

Extraordinaire démonstration de double-standard et d’accusation miroir de la part de celui qui a réhabilité dans son pays la xénophobie anti-kurde la plus véhémente et la haine la plus décomplexée envers les Juifs et les Chrétiens, le sultan Erdogan a déploré - comme si de rien était et au nom d’une exigence d’introspection à sens unique - que ce « club chrétien » a suspendu des négociations d'adhésion lancées depuis 2005 pour faire plaisir aux voix de plus en plus nombreuses des « islamophobes » et de ceux qui veulent mettre fin de façon définitive aux négociations, fin qu’a pourtant scellée Erdogan lui-même en violant le droit européen.

 

Fort avec les faibles, faible avec les forts

Par ailleurs, le sultan irascible, qui ne laisse jamais rien passer aux Européens frappés de lâcheté stratégique et d’impuissance volontaire, semble bien moins menaçant et arrogant avec la Russie et les Etats-Unis, dont les leaders Poutine et Trump se laissent bien moins impressionner par lui et qui ont pourtant encore plus contredit les intérêts géopolitiques d’Ankara ces dernières années, notamment en Irak et surtout en Syrie, où les Russes soutiennent les forces du régime de Bachar el Assad et où les Etats-Unis viennent de renforcer leur alliance militaire et stratégique avec les milices kurdes qui combattent le mieux les jihadistes mais qui demeurent l’ennemi stratégique numéro un de la Turquie. Il est vrai que si Vladimir Poutine a su se faire respecter par Erdogan après la crise russo-turque (novembre 2015 : avion russe abattu par l’armée turque) en menaçant Ankara des pires représailles économiques et militaires, Donald Trump ne s’est pas non plus laissé impressionner par les menaces de déflagration proférées par la Turquie en représailles au soutien apporté par l’armée américaine aux Kurdes syriens. En effet, le président américain, certes « ami » de la Turquie, a clairement désigné les Jihadistes comme l’ennemi principal et les Kurdes comme l’allié majeur local, et il ne compte pas perdre les précieuses forces au sol kurdes face à Da’ech pour faire plaisir au sultan d’Ankara. D’évidence, l’Administration Trump est bel et bien en train de mettre en œuvre le pire scénario stratégique possible pour Erdogan en misant à fond (et en réarmant) sur les milices kurdes dans l’optique de l’offensive finale sur Raqqa (capitale de Daech). Ankara a dénoncé une décision "inacceptable" et « affligeante » qu’il espère la voir "rectifiée", rappelant ainsi que les milices kurdes de Syrie du PYD (considéré par Ankara comme une succursale du PKK combattu en Turquie comme une organisation terroriste kurde). Il est vrai que si l’on se place du point de vue de la Turquie, qui mène en effet un combat total contre le séparatisme kurde, son ennemi intérieur existentiel, la victoire de la coalition occidentalo-arabo-kurde à Raqqa contre Da’ech affaiblirait encore plus Ankara face à cet ennemi numéro un, puisque les milices kurdes syriennes du PYD seraient récompensées géopolitiquement - et donc territorialement - en Syrie, soit aux frontières mêmes de la Turquie… Ceci ne ferait par conséquent que galvaniser le moral des frères kurdes de Turquie de l’autre côté de la frontière, véritable cauchemar stratégique pour les nationalistes et stratèges turcs. C’est d’ailleurs en vertu de cette appréhension et du fameux adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » que la Turquie d’Erdogan a longtemps aidé l’ensemble des islamistes radicaux sunnites en Syrie dont Da’ech lui-même, ennemi direct des Kurdes dont ils se disputent le Nord stratégique du pays.

 

 

 

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